Gestion de projet, chercher l'adhésion

Feb 3 / Sébastien Lo Presti
La conduite du changement est une dimension essentielle de la gestion de projet. Ainsi, Georges Eckes théorisait-il, il y a quelques années déjà, la formule suivante : Effectiveness = Quality * Acceptance.

Cette formule traduisait alors un principe capital : l’efficacité des solutions proposées dans le cadre d’un projet est le produit de la qualité des solutions mises en œuvre et de leur acceptation par le terrain. Si ce constat est aujourd’hui largement partagé, en théorie, il ne semble pas s’imposer, en pratique, dans le cadre des démarches projets engagées dans de nombreuses entreprises. Plusieurs raisons nous paraissent expliquer ce phénomène.

La co-construction, une des clés de l'adhésion

L’efficacité des actions engagées sur le plan de la conduite du changement conditionne grandement l’adhésion des intéressés, l’appropriation des solutions identifiées, et donc, la capacité de celles-ci à impacter favorablement la performance à long terme. La meilleure façon de susciter l’adhésion des opérationnels et des parties prenantes du processus dont il s’agit d’améliorer la performance est de les associer le plus en amont possible à la démarche projet.

Cette implication se traduira concrètement par la participation des intéressés :

  • Au cadrage, pour créer un consensus sur la situation actuelle, la nécessité d’agir et l'objectif
  • Au diagnostic, pour factualiser le problème, en mesurer l’ampleur et en comprendre les causes profondes
  • Ainsi qu’à l’élaboration et à la sélection des solutions.


Pour renforcer et valoriser cette contribution, une phase pilote pourra, en outre, être envisagée, elle permettra, alors, d’éprouver le panel des solutions identifiées sur un périmètre restreint et agira comme un puissant levier d’adhésion 

Oui, mais ...

On nous objectera, à raison, qu’associer les intéressés à l’identification des solutions n’est pas toujours possible. C’est vrai, mais est-ce à dire pour autant que l’adhésion ne devra pas être recherchée ? Non, bien sûr, et c’est précisément ici que nous parait être l’écueil.

L’acceptation devra évidemment être recherchée, mais les modalités permettant de l’assurer devront être adaptées aux spécificités de la démarche.
Certaines démarches projet reposent sur la mise en œuvre d’une solution connue d’avance, et dont il s’agit d’assurer la déclinaison opérationnelle. En pareille situation, rien de pire, en effet, que de feindre d’associer les intéressés pour finalement ne pas tenir compte de leur suggestions avis ou recommandations. L’adhésion des collaborateurs pourra néanmoins être recherchée au travers de leur participation aux réflexions visant à définir les modalités opérationnelles associées au déploiement des solutions, en somme, au « comment », plutôt qu’au « quoi ».

La communication associée à un projet de ce type sera, par ailleurs, très transparente quant aux modalités de la démarche et à la latitude laissée aux intéressés.
L’effort d’accompagnement sera orienté sur la généralisation des solutions, l’enjeu en termes de conduite du changement sera fort, mais la clarté des messages diffusés en amont évitera toutes désillusions.

Se former est plus que jamais nécessaire

Que retenir de tout ceci ?

D’abord, qu’il est nécessaire d’adapter le processus d’adhésion à la démarche projet.
Dans la mesure où la question des délais est centrale dans le cadre d’un projet, il peut être tentant de négliger, plus ou moins consciemment, toutes les actions pouvant apparaître secondaires. L’effort associé à la conduite du changement peut d’ailleurs paraitre d’autant plus vain que la solution est connue, soit parce qu’elle semble s’imposer (obligations réglementaires, impératifs concurrentiels ou financiers,  injonctions venues d’un groupe, etc), soit parce qu’elle résulte d’une très forte conviction des dirigeants.  En effet à quoi bon convaincre les intéressés d’appliquer une solution dont on sait, que, de toutes façons, elle va s’imposer ?
Or, s’il est clair que le processus visant à obtenir l’adhésion va devoir être adapté à la nature de la démarche projet engagée, il est vain de penser gagner du temps en économisant sur la conduite du changement. La performance du processus à long terme pourrait s’en trouver fortement pénalisée.

Ensuite, la formule de Georges Eckes fait transparaitre, en filigrane, une question intéressante ; et si la solution en tant que telle avait moins d’importance que la façon dont elle avait été amenée, et l’adhésion qu’elle était susceptible de susciter ?
Il est inutile, en effet, de s’évertuer à concevoir, en chambre, une solution parfaite, si elle suscite, par ailleurs, le rejet de ceux amenés à la faire vivre au quotidien. Il peut être opportun de privilégier une stratégie de petits pas à la recherche d’un Grand Soir.

À propos de l'auteur

Sébastien Lo Presti
Passionné par les sciences sociales, la gestion de projet et le management de la qualité.

Animé par la volonté de partager et de transmettre des connaissances.

Je suis par ailleurs cofondateur de Lean en ligne, organisme de formation spécialisé en Excellence Opérationnelle.
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