Lean UX

Jan 20 / Sébastien Lo Presti
Au carrefour du Lean, du Design Thinking, du Lean Startup et de l'Agile, le Lean UX est une méthode permettant de livrer plus régulièrement des produits correspondants aux attentes de leurs utilisateurs. Focus sur cette méthode introduite par Golthelf et Seiden.

Lean UX ?

Le terme Lean UX (pour User's Experience, ou Expérience Utilisateur) caractérise une démarche basée sur l’expérimentation et destinée à concevoir des produits plus rapidement et plus conformément aux attentes clients. Jeff Golthelf (designer et praticien Agile) et Josh Seiden (UX Designer et fondateur de l’Interaction Design Association), ont introduit cette méthodologie en 2016 (Voir notamment l’ouvrage "Lean UX", préfacé par Eric Ries, auteur de "Lean Startup").

Voici la définition que Golthelf et Seiden donnent eux même du Lean UX :
"Inspirée des théories du Lean Startup et du développement Agile, Lean UX consiste à mettre en lumière la vraie nature d’un produit plus rapidement, de manière collaborative et interfonctionnelle, en mettant moins l’accent sur les produits livrables et plus sur une compréhension partagée de l’expérience réelle en cours de conception".

La méthode se fonde sur deux constats majeurs :
  • D'abord, les solutions conçues, aussi performantes et pertinentes qu’elles puissent être sur le plan technique, ne répondent pas toujours suffisamment aux besoins et attentes des utilisateurs et à leurs usages, qu’il convient donc, avant toute chose, de comprendre ;
  • Ensuite, les analyses de besoins sont trop tournées sur les spécifications, pas assez sur l'expérimentation et le feedback.


Le Lean UX s’appuie sur trois méthodes existantes :
  • Le Design Thinking, méthode d’innovation basée sur une approche cyclique ;
  • Le développement agile, méthode permettant de réduire les cycles de développement des produits ;
  • Et le Lean Startup, théorisé par Eric Ries. Lean Startup est une méthode basée sur l’apprentissage et permettant de réduire au maximum les risques projets.

Elle tire également son inspiration des principes associés à la CEM (Conception à l’Écoute du Marché théorisée dès 1996 par le Professeur Shiba) et de la méthode QFD (Quality Fonction Deployment).
Lean UX est, dans une certaine mesure, la transposition de la méthode Lean Startup appliquée au développement de produits.

Lean UX ; des principes d’organisation structurants

Au sein d’une organisation, Lean UX repose sur une dynamique collaborative.
Elle implique des équipes  :
  • De petites tailles et implantées, en proximité, sur un même site ;
  • Pluridisciplinaires ;
  • Auto-suffisantes et disposant d’une forte latitude décisionnelle.


Les principaux fondements du Lean UX sont à la fois issus des démarches agiles et du Lean Management, on retrouve ainsi un certain nombre de fondements communs, auxquels Lean UX apporte quelques spécificités :
  • Le passage du doute à la certitude ;
  • La primauté accordée aux usages et aux résultats (outcomes) plutôt qu’aux fonctionnalités et la production (output) ;
  • La chasse aux gaspillages ;
  • Le principe de "Getting Out Of The Building" (GOOB, ou "sortir du bâtiment" en français) : issue de l’agile et qui vise à présenter aussi rapidement que possible le produit aux clients ;
  • Le droit d’échouer : qui crée le cadre propice à la multiplication des tentatives ;
  • La remise en cause du principe de livrable qui constitue trop souvent des goulots d’étranglement.


Lean UX porte l’accent sur la compréhension des besoins et l’expérience des utilisateurs. Comme toutes les méthodologies reposant sur la collaboration, la mise en place d’une organisation Lean UX implique bien sûr un changement de paradigme visant à faire évoluer par petits pas les mentalités au sein d’une entreprise.

Se former est plus que jamais nécessaire

Lean UX : un cycle itératif

La méthodologie Lean UX est caractérisée par un processus itératif et collaboratif et repose sur un cycle construit en 3 phases :
  • Think (Penser) ;
  • Make (Faire) ;
  • Check (Vérifier ou Tester).

La première étape du processus Lean UX (THINK) consiste à exprimer le plus explicitement possible les suppositions servant de base à l’élaboration des hypothèses. L’élaboration des hypothèses sera notamment fondée sur les outcomes (résultat(s) ou effet(s) d'une action ou d'une situation) de l’entreprise et ceux de l’utilisateur. À ce stade, l’équipe se focalisera sur le "pourquoi" (finalités, usages) plutôt que sur le « comment » (fonctionnalités et spécifications). La phase penser peut s’appuyer sur la méthode Lean Canvas élaborée en 2010 par Ash Maurya (auteur du livre La méthode Running Lean).

La seconde étape du processus Lean UX (MAKE) consiste à faire. La phase "MAKE" est basée sur le MVP (Minimum Viable Product, ou Produit Minimum Viable) théorisé par Eric Ries dans "Lean Startup". La mise en œuvre d’un Minimum Viable Product va permettre de récolter rapidement des feedbacks et donc de valider ou d’invalider les hypothèses formulées dans la phase précédente.

Quelques prérequis prévalent à la création d’un MVP :

  • Rester autant que possible sur le « pourquoi » (la valeur de l’idée) plutôt que sur le quoi (modalités nécessaires à son implémentation) ;
  • Formaliser des objectifs d’apprentissage clairs ; les attendus de l’expérimentation doivent être très clairement explicités ;
  • Créer le plus petit MVP possible.


La troisième étape du processus Lean UX consiste à tester (CHECK). Une fois le MVP créé, il va en effet s’agir de le faire tester par les utilisateurs cibles. Les feedbacks pourront être collectés de différentes façons :
  • Méthode A/B testing ;
  • Entretiens et enquêtes utilisateurs ;
  • Analyse des logs ;
  • Etc.


Le recueil des feedbacks donnera lieu à des échanges en équipe et permettra de préparer une nouvelle itération. En fonction des retours, cette itération pourra porter sur la même hypothèse ou sur une hypothèse totalement nouvelle.

Lean UX : avantages et limites

La méthode Lean UX présente de nombreux avantages :
  • D'abord, le Lean UX est une démarche relativement simple et rapide à mettre en œuvre ; 
  • Ensuite, elle présente l’intérêt majeur d’être guidée par les besoins des utilisateurs et le souci de créer de la valeur pour eux ;
  • Enfin, elle permet de réduire les temps de mise en marché et favorise une plus grande possibilité d'adaptation des solutions implémentées.


Elle présente aussi quelques limites :
  • D’abord Lean UX reste une méthodologie difficile à utiliser dans un environnement international souvent caractérisé par des entreprises étendues. Nous l’avons dit, elle repose avant tout sur la proximité, la complémentarité et la collaboration des équipes, rendues nécessairement plus difficiles à distance ;
  • Ensuite, Lean UX implique d’être en mesure de pouvoir interroger fréquemment ses utilisateurs, que ceux-ci aient une maturité suffisante pour exprimer des besoins clairs ... et que l'équipe soit dotée de compétences lui permettant d'exploiter pleinement les verbatim collectés. 
Vous avez apprécié cet article ? Faites-le savoir !

À propos de l'auteur

Sébastien Lo Presti
Passionné par les sciences sociales, la gestion de projet et le management de la qualité.

Animé par la volonté de partager et de transmettre des connaissances.

Je suis par ailleurs cofondateur de Lean en ligne, organisme de formation spécialisé en Excellence Opérationnelle.