Intelligence émotionnelle

Jan 13 / Sébastien Lo Presti
Les émotions font partie intégrante de notre intellect. L'intelligence émotionnelle est la capacité à comprendre et canaliser une émotion dans ses effets positifs en vue d'accroitre son bien-être, sa capacité d'action, et ses performances. Focus sur cette dimension majeure de l'intelligence longtemps mésestimée.

Intelligence émotionnelle, de quoi s’agit-il ?

Peter Salovey et John Mayer (Yale) sont les premiers à donner en 1990 une définition de l’intelligence émotionnelle ; cette dernière sera précisée en 1997. Ils décrivent alors l’intelligence émotionnelle comme " l’habileté à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres ".

L’intelligence émotionnelle repose donc sur trois facultés :
  • La capacité d’accès à ses propres émotions ;
  • La capacité à comprendre les émotions ;
  • La capacité à transformer cette compréhension en compétences pour agir et interagir avec autrui.

Intelligence émotionnelle : l’importance des émotions

Les émotions sont généralement réunies en 6 grandes familles :
  • La peur ;
  • La surprise ;
  • La tristesse ;
  • Le dégoût ;
  • La colère ;
  • La joie.


Elles se manifestent généralement au travers de 5 composantes :
  • Expression faciale et postures ;
  • Comportements ;
  • Pensées ;
  • Physiologiques (accélération du rythme respiratoire, transpiration, etc. ) ;
  • Expérience subjective.

 

Dans la mesure où l’on a longtemps opposé raison et émotions il s’est longtemps agit d’endiguer, autant que possible ces émotions, par essence, considérées comme mauvaises conseillères. L’intelligence émotionnelle repose sur un paradigme radicalement inverse : raison et émotions ne sont pas dissociables c’est la même chose à des stades différents (voir notamment à cet égard l’ouvrage publié par Antonio Damasio en 1994, "L’erreur de Descartes").

Il convient ainsi d’accueillir les émotions comme un cadeau et de les considérer comme indispensables à l’adaptation, dans la mesure où elles structurent notre pouvoir de décision. À cet égard, elles font partie intégrante de notre intellect. Bien sûr il ne va pas s’agir de se laisser submerger par ses émotions (ou celles des autres) mais, au contraire, de les réguler finement pour s'en servir opportunément. C’est cette capacité à canaliser une émotion dans ses effets positifs dans le but d’accroître son bien-être et, dans le cadre professionnel, sa performance que l’on va appeler intelligence émotionnelle.

Partant, il convient dès lors d’admettre que les capacités intellectuelles ne sont pas suffisantes pour mesurer l’intelligence, laquelle dépend tout aussi bien de notre capacité à comprendre les situations que de notre aptitude à les ressentir émotionnellement. C'est la raison pour laquelle on parle désormais de QI (Quotient Intellectuel) et de QE (Quotient Émotionnel).

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Intelligence émotionnelle, trois modèles qui se complètent

Il existe trois grands modèles d'intelligence émotionnelle :

  • Celui élaboré par Salovey et Mayer entre 90 et 97 ;
  • Celui élaboré par Goleman entre 95 et 97 ;
  • Celui élaboré par Bar-On entre 97 et 2000.


Le premier introduit par Mayer et Salovey, donc, pose l’intelligence émotionnelle comme un "construit hiérarchique à 4 branches" et identifie 4 variables majeures de l’intelligence émotionnelle :

1. La perception, l’évaluation verbale et non verbale des émotions : qui désigne la faculté à être conscient de ses émotions et à être en mesure de les exprimer à soi-même et aux autres. Cette aptitude se caractérise en pratique par la capacité à :
  • Accueillir l’émotion ;
  • L’identifier ;
  • La nommer précisément.


2. La capacité d’intégration et d’assimilation des émotions : qui désigne l’aptitude à faire la distinction entre les différentes émotions pouvant être ressenties et à identifier celles qui sont en œuvre dans un processus de pensée donné. Cette aptitude se caractérise en pratique par la capacité à restituer l’émotion dans son processus (d’où vient t-elle, comment se manifeste t-elle, quelles en sont les conséquences ?).

3. La connaissance du domaine des émotions : qui désigne l’aptitude à comprendre les émotions complexes et à savoir identifier le passage d’une émotion à une autre. Cette aptitude se caractérise en pratique par la capacité à utiliser les émotions à son avantage : activation et utilisation consciente des états émotionnels pour faciliter les activités.

4. La gestion de ses propres émotions et de celles des autres : qui désigne l’aptitude à se laisser vivre ou à abandonner une émotion en fonction de son utilité ou non dans une situation donnée. Cette aptitude se caractérise en pratique par la capacité à réguler ses propres émotions en agissant à plusieurs niveaux :
  • Sur la situation elle-même ;
  • Sur l’attention portée à la situation ;
  • Sur son interprétation de la situation ;
  • Sur la manifestation de l'émotion (respiration, relaxation, changements de postures, etc).


Le second, introduit par Daniel Goleman (Voir notamment Intelligence émotionnelle publié en 1995, le modèle a par la suite été adapté en 1998) articule l’intelligence émotionnelle autour de 25 compétences déterminés par 5 facteurs principaux :

1. La conscience de soi : qui désigne la capacité à identifier, interpréter et comprendre ses émotions. Cette aptitude se caractérise en pratique par la capacité à :
  • Être connecté à son humeur du moment  ;
  • Savoir déchiffrer ses sentiments et la façon dont ceux-ci affectent ses pensées et ses actions.


La conscience de soi permet de limiter l’impact négatif des émotions (peur, surprise, tristesse, dégoût, colère, joie)

2. L’autorégulation (maîtrise de soi) : qui désigne la capacité à suspendre temporairement une émotion pour ne pas se laisser envahir par ses effets négatifs. Cette aptitude se caractérise en pratique par la capacité à :
  • Rester positif ;
  • Rester concentré malgré le stress.


La maîtrise de soi passe par la capacité à se motiver, c’est-à-dire à être en mesure de persévérer malgré les obstacles. Elle implique d’être en mesure de s’observer, de s’écouter, en vue de comprendre ses réactions en fonction d’une situation donnée ou au contact d’une personne en particulier.
Développer sa maîtrise de soi permet de ne plus réagir immédiatement sous le coup des émotions, de manière automatique.

3. La motivation interne : qui désigne l’aptitude à trouver en soi (et non par le biais de facteurs externes) les leviers de motivation permettant d’agir.

4. L’empathie : qui désigne la capacité à envisager une situation du point de vue de l’autre. Cette aptitude se caractérise en pratique par la capacité à :
  • Décrypter les sentiments, les besoins et les soucis d’autrui ;
  • Les comprendre et les accepter tout en pouvant partager une vision différente de la situation.


5. Les compétences sociales : qui désignent la capacité à construire des liens avec les autres et à évoluer en réseau.

Le troisième modèle, introduit entre 1997 et 2000 par Reuven Bar-On (Psychologue israélien) qui décline l’intelligence émotionnelle (il parle désormais "d’intelligence émotionnelle et sociale") comme "un ensemble d’aptitudes, de compétences, et d’habilités non cognitives" classées en 5 composantes (elles même divisées en 15 sous dimensions) :

  • Les compétences intrapersonnelles ;
  • Les compétences interpersonnelles ;
  • L’adaptabilité ;
  • La gestion du stress ;
  • L’humeur générale.

Pourquoi et comment développer son intelligence émotionnelle ?

Développer votre intelligence émotionnelle va vous permettre d'être plus efficace et serein dans de nombreuses situations de la vie personnelle ou professionnelle. Développer votre intelligence émotionnelle vous permettra ainsi :

  • De développer des relations plus harmonieuses avec vous-même et les autres ;
  • De mieux communiquer ;
  • D'améliorer votre motivation et votre capacité d'action ;
  • D'améliorer votre créativité ;
  • De mieux prévenir et gérer les conflits ;
  • De développer votre leadership et donc vos aptitudes managériales ;
  • De mieux conduire le changement.


En outre l'importance accordée par les recruteurs aux soft-skills et plus particulièrement à l'intelligence émotionnelle, est de plus en plus prégnante.

La maximisation de son intelligence émotionnelle va notamment passer par :
  • Une meilleure conscience de soi ;
  • Une meilleure maîtrise de soi ;
  • Le développement de son empathie ;
  • Le développement de son écoute ;
  • Le développement de son assertivité.


Selon Latifa Gallo (Auteure et Coach voir notamment "Les 50 règles d'or de l'intelligence émotionnelle", 2016), pour développer son intelligence émotionnelle, il faut :

  • Enrichir son vocabulaire émotionnel : c'est à dire être en mesure d'identifier et de nommer ses émotions ;
  • Chasser les pensées ruminantes : garder en tête que la pensée précède l'émotion et tâcher de se focaliser sur des pensées positives ;
  • Détecter les émotions cachées : il s'agit de juguler le phénomène de "racket émotionnel" qui renvoie à des émotions du passé auxquelles on vous a dénié le droit d'accéder ;
  • Faire des compliments et remercier : complimenter et remercier c'est aussi se faire plaisir à soi-même ;
  • Apprendre à pardonner : en effet trainer des rancœurs mobilise des énergies négatives qui affectent la capacité d'action ;
  • Adopter l'écoute empathique : s'efforcer d'écouter et de se mettre à la place de l'autre, sans jugement, complaisance, ou mépris.

Intelligence émotionnelle : en guise de synthèse

Qu'est-ce que c'est ?
"Habileté à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres"
Quelles variables ?
Capacité à identifier les émotions
Capacité à comprendre les émotions
Capacité à utiliser les émotions
Capacité à réguler les émotions
Quelle utilité ?
Améliorer ses relations interpersonnelles
Développer sa sérénité
Prévenir et gérer les conflits
Développer son leadership
Comment la développer ?
Meilleure conscience de soi
Meilleure maitrise de soi
Développement de son empathie
Développement de son écoute
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À propos de l'auteur

Sébastien Lo Presti
Passionné par les sciences sociales, la gestion de projet et le management de la qualité.

Animé par la volonté de partager et de transmettre des connaissances.

Je suis par ailleurs cofondateur de Lean en ligne, organisme de formation spécialisé en Excellence Opérationnelle.

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